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L & L Classic Auto : un incroyable cimetière de 8000 voitures anciennes Retour à la liste des albums photos
 

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Wendell, Idaho – Jadis, il était possible d’apercevoir des cours de recyclage d’automobiles partout au Québec. Les bonnes vieilles cours à scrap, telles qu’on les surnommait, regorgeaient de bagnoles accidentées, défraîchies, rouillées et massacrées par le temps. Le paradis pour tout amateur de vieilles voitures.

Heureusement, ou malheureusement, le paysage a grandement changé au fil des dernières décennies. Le recyclage automobile est devenu une industrie très organisée et on ne conserve plus les vieilles voitures pour le simple plaisir de le faire. Les normes environnementales sont aussi venues régulariser les pratiques, une très bonne nouvelle pour la planète.

Il ne faut pas nuire au progrès, tout de même.

Malgré tout, la nostalgie étant ce qu’elle est, je regrette un peu cette période. C’est probablement ce qui m’a poussé à effectuer un voyage dans le temps. Non, je n’ai pas mis la main sur une édition fonctionnelle de la DeLorean de la trilogie Retour vers le futur, mais plutôt le cap sur la petite ville de Wendell, en Idaho.

Qu’y a-t-il de si intéressant dans ce bled de quelque 2750 habitants?

Un endroit qui dépasse l’entendement.

Larry
Située à une dizaine d’heures de route de San Francisco, la ville de Wendell est tout ce qu’il y a de plus simple. Une rue principale, une école, les quartiers du Shérif, un magasin général et quelques commerces, voilà.

Seulement, à environ un kilomètre du village se trouve L & L Classic Auto, l’entreprise de Larry Harms. Cette dernière est spécialisée dans la vente de pièces de voitures anciennes. Et des pièces, elle en possède à la tonne et peut en extirper des quelque 8000 voitures qui reposent dans sa cour.

Oui, vous avez bien lu : 8000!

Droit comme un chêne, Larry doit faire six pieds et surtout, il ne fait pas ses 80 ans. Le personnage est sympathique, typique. Coiffé d’un chapeau de cow-boy, il m’accueille avec le sourire, flanqué de quelques-uns de ses employés. On est intrigué par ma présence, bien sûr; la visite qui vient de loin est rare à Wendell.

La conversation débute sans plan défini. Les questions se pointent par milliers dans ma tête, pêle-mêle. De quelle façon a-t-il amassé autant de voitures? Pourquoi? A-t-il des ennuis avec la municipalité? Que compte-t-il faire? Cependant, la meilleure chose à faire, c’était d’écouter Larry, de même que Ron, l’un de ses hommes à tout faire.

Les débuts
Lorsqu’il commence à travailler, Larry ouvre un atelier de carrosserie. Son rêve, c’est de posséder sa propre ferme, mais il ne se matérialisera pas. Plutôt, un concours de circonstances lui fait réaliser qu’il peut faire de l’argent avec des pièces automobiles. « Un client avait fait réparer la grille de son camion. Nous en avions reçu une neuve, mais celle abîmée pouvait être réparée. Je l’ai donc remise à niveau, puis je l’ai vendu, en réalisant un profit. »

En 1961, Larry va commencer à mettre la main sur des voitures qui ne servent plus. En quelques années seulement, il va en amasser environ 500 qu’il conserve sur le terrain qui lui appartient, au cœur de la ville. La municipalité n’aime pas trop ce qu’elle voit et l’invite fortement à déménager. C’est alors qu’il déplace ses actifs sur les terres qu’il occupe toujours aujourd’hui.

Et là, ce sera l’explosion. Le millier de véhicules est rapidement atteint. Et puis deux, puis trois, et quatre. « À un moment donné, intervient Ron, on avait près de 11 000 véhicules en stock, mais nous en avons vendu plusieurs. »

Sur l’entrefaite, un vieil homme trapu, rondelet et vêtu d’une salopette apparaît sur le seuil; il cherche Larry. Ce dernier est connu de tous dans la région. Le type en question, prénommé Less, se joint à la discussion, puis échange avec Larry sur les débuts de son entreprise. À 91 ans, Less a été un témoin privilégié du parcours de Larry. Sa mémoire lui fait défaut lorsqu’il tente de se remémorer un numéro de téléphone, mais il me regarde droit dans les yeux et me précise que c’est en octobre 1961 que Larry a lancé son entreprise. « Vraiment, lui réplique ce dernier. Octobre? »

Le moment est folklorique.

L’apogée
C’est au milieu des années 80 que L & L Classic Auto atteint son plein potentiel. À l’époque, Larry Harms avait des ententes tacites avec les compagnies d’assurance. Ces dernières lui livraient tous les véhicules qu’elles pouvaient lui amener.

Puis, il y a eu le moment où certaines des voitures qu’il avait en stock ont commencé à prendre de la valeur. Des produits achetés quelques centaines de dollars au début des années 90 ont pu être revendus quelques milliers de dollars au milieu des années 2000.

« À un certain moment, on a vendu cinq Dodge Charger de deuxième génération en l’espace de six semaines », explique Ron qui précise que l’entreprise demeure là pour engranger des profits.

Voilà pourquoi les perles sont rares dans la réserve actuelle; les meilleures voitures sont parties.

Encore rentable
N’empêche, L. L. Classics est encore rentable. Il suffit de voir l’activité à la boutique pour le constater. « On reçoit entre 50 et 100 appels par jour et on livre des pièces partout à travers le monde, y compris au Canada », explique Ron.

Une tournée effectuée dans la cour fait réaliser à quel point les voitures qui y sont abandonnées ont encore beaucoup de chair à offrir, que ce soit au niveau des moulures, des emblèmes, des pièces de tableau de bord ou des composantes mécaniques.

Puis, il y a une section entièrement consacrée aux voitures qui peuvent encore être sauvées. Elles sont à vendre; avis aux intéressés.

En fait, l’entreprise de Larry Harms est à vendre. Cependant, ça ne se fera pas à n’importe quelle condition. L’acheteur devra conserver tout le matériel sur place et continuer d’administrer l’entreprise. « J’ai eu des gens intéressés, mais ils voulaient déplacer les véhicules, les démanteler et écraser le reste. Il n’en est pas question » d’ajouter le principal intéressé.

La plus grosse?
De l’avis de Ron, la cour de L. L. Classics serait la plus grande, la plus importante, la plus imposante. Il faut dire que ce n’est pas partout qu’on retrouve 8000 voitures anciennes des années 30 à 80, éparpillées sur un terrain de 128 acres.

Une marche à travers les sentiers de cette cour est une expérience en soi. On s’y perd, littéralement. Mais, surtout, on est envahi par son ampleur. La sensation est surréaliste. L’endroit, indescriptible.

J’ai amorcé ma randonnée vers 9 h 30, en matinée, par une chaleur accablante. Dans mon sac à dos, des vivres et des bouteilles d’eau. Appareil photo à la main, je me suis exécuté en immortalisant sur mes cartes mémoires quelque 750 véhicules lors de cette première journée. À 14 h, j’étais vidé, littéralement. Je n’avais arpenté qu’environ le quart de ce cimetière à ciel ouvert.

J’y suis retourné le lendemain pour passer une petite heure dans la section des projets, le temps de photographier 250 autres véhicules. Et puis, d’un coup que je trouverais la perle rare.

Puis, j’ai dû retourner à San Francisco où un avion m’attendait.

Je suis parti en me faisant une promesse, cependant, soit celle d’y retourner.

Il me reste des choses à voir et à absorber, il faut croire.

Conclusion
Notre société a beau évoluer à une vitesse vertigineuse depuis quelques années, il y a encore de ces endroits, heureusement, où cette évolution se fait beaucoup plus lentement. Des endroits où on a l’impression qu’on peut encore prendre le temps de vivre, de respirer.

L & L Classic Auto est l’un de ces lieux.

Voilà peut-être pourquoi je vais y retourner, finalement.  

Des fois, ça va juste trop vite.

 
 
 

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